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ÉNERGIE BENE VOLENS

 Remontant leurs manches Morgane Tschiember et Marie Tréguer, artistes, étaient les organisatrices bénévoles de l'exposition "laboratoire expérimental", 2e édition, à Quimper durant 3 jours fin Juin.

Elles ont créé la première édition de laboratoire expérimental l'an dernier avec Damien Sorrentino. Marie a travaillé dans les mêmes conditions pour la Galerie de l'Ecole des Beaux-Arts sur l'exposition New-York, quelques mois plus tôt, pendant que Morgane peaufinait son diplôme(DNSEP), lequel elle vient d'obtenir avec mention, félicitation et bise du jury, qu'elle en a encore les coins des lèvres qui se relèvent, parce que ça date de quelques jours seulement, et on la comprend, et que la rédaction toute entière et nombreuse de ARTACTU se joint à moi pour lui présenter nos hommages et félicitations distinguées.

"le laboratoire expérimental est très expérimental comme son nom l'indique" explique Marie,"il y a un désir de sortir du cube blanc", condition idéale d'un cadre souvent institutionnel, ou purement photogénique, pour se confronter à d'autres lieux et d'autres publics, quitte à ce que ces derniers soient différents, du genre moins spécialisés, voire non "préparé" , et la situation, inédite, de préférence . Principale motivation : "aller de l'avant, concrétiser l'énergie de rencontres entre jeunes artistes...trouver un espace qui tienne autant de l'atelier que du lieu d'expo, faire des expériences..." "On a distribué 400 exemplaires du catalogue, et durant les 3 jours il y a eu un courant continu de visites". Parfois de gens qui venaient visiter les vieilles pierres plus que voir une exposition d'art contemporain. Surprise. Et de discuter, argumenter, voir polémiquer, avec des interlocuteurs de hasard, non acquis d'avance à la cause. Ceux-ci auront profité largement de la disponibilité et de l'engagement des jeunes commissaires. (tiens ! elles n'emploient pas ce terme cher aux intermédiaires culturels peut-être fascinés par le modèle marxiste...serait-il passé de mode?...On me dit rien, ici...Tout fout le camp, allez!).

Et voilà de quoi mettre à l'épreuve leur propos d'artiste, puisque, accumulant les rôles d'organisatrices et d'artistes, elles exposent aussi . "Difficile de se situer à la fois en tant qu'organisateur et artiste, et le tout comme bénévole", témoignent-elles après l'évènement. l'organisation c'est du boulot, et d'abord il faut commencer par enfoncer un coin dans les interstices de lieux et de moments qui ont ailleurs leur logique de fonctionnement, convaincre, travailler sans moyens. Le feu vert a été obtenu finalement "un mois avant l'expo", les problèmes pratiques restaient nombreux ("la technique ça ne s'improvise pas" surtout quand l'essentiel tient à des projections et installations video), certains ont été résolus avec l'aide de l'école des Beaux-Arts.

En tant qu'artiste "c'est presque impossible de créer une nouvelle pièce (oeuvre) tout en organisant : trop de tension, trop compliqué". C'est possible éventuellement avec des oeuvres déjà faites, mais cela romprait une partie du charme de laboratoire expérimental et, peut-être, serait contraire aux ambitions des artistes-organisatrices. Pour le reste, "pas mal de choses nous échappent encore ; il est difficile d'avoir un contrôle total des conditions".

Mais c'est bien d'essayer. Elles sont les juges les plus sévères de leur travail, dont elles voient toutes les imperfections, qui m'ont échappé à moi, et c'est pas parce que j'étais passé au bistrot avant d'aller au vernissage, j'avais bu que 12 demis, autant dire rien.

Retenons plutôt la générosité qui préside à l'entreprise, l'acte salutaire de ne pas s'en remettre uniquement au paysage institutionnel, et d'ajouter quelques touches contemporaines au panorama culturel de ce début d'été.

On notera si l'on a mauvais esprit (mais oui vous savez ce que c'est, il y en a toujours, toujours les mêmes d'ailleurs, suivez mon regard, toujours en train de râler, toujours critiques, les aigris...) qu'un tel projet de la part de deux jeunes artistes fraîchement sorties de l'école, laisse entrevoir peut-être que les perspectives de débouchés professionnels qu'elles entrevoient ne doivent pas être très allongées.

Si l'on a bon esprit on estimera que leur effort est tout à leur honneur, que tenter de faire bouger les choses hors de ou contre ou malgré tout cadre pré-établi est toujours un combat et un gros travail, que l'oeuvre de l'artiste qui s'engage dans un tel projet n'en sort pas toujours indemne alors que c'est normalement son bien le plus précieux, que c'est justement courageux de leur part dans la mesure où leur travail est jeune et peut-être plus fragile, bien qu'avec la force aussi et l'insouciance de la Jeunesse elles rejettent ce risque d'un geste nonchalant, et que les ceusses qui appliqueraient à une manifestation de ce type un raisonnement de consommateur culcurel auraient tout faux dès le départ et ma main sur le nez. Ouaip ! Plus qu'ailleurs il faut y aller avec une positive attitude . Yo man .

Si l'on a meilleur esprit encore et un peu de mémoire, on se rappellera la larme à l'oeil que d'aucuns, en des temps désormais lointains, semèrent à ce même endroit, la chapelle de la Tour d'Auvergne, des récoltes que d'autres finalement engrangèrent.

Pour l'heure nos sémillantes actrices culturelles goûtent un repos bien mérité et tirent les leçons de leur expérience : une fois le projet lancé, "beaucoup de gens ont eu envie de se greffer, de participer,surtout vers la fin, quand ça prenait tournure... c'est une dynamique très positive". Dynamique orientée dans le sens qu'elles aimeraient par ailleurs voir à l'oeuvre dans plus d'endroits spécialisés, des projets "qui donnent leur chance à de très jeunes artistes, en les mélangeant à des artistes plus confirmés, de 30 ans par exemple... pour confronter les oeuvres!"

Ah! Généreux projet auquel votre serviteur souscrit avec un enthousiasme tout altruiste, puisqu'ayant gravement dépassé la limite d'âge, tout en cantonnant à son for intérieur une pensée solidaire pour les nombreux quadra, quinqua ou même ENCORE PLUS VIEUX que ça ;-) qui, s'ils ont cessé d'attendre une quelconque confirmation, mais s'agitent encore, seraient peut-être partants.

La suite ? "continuer, essayer de se débrouiller". Trouver un job pour l'une, qui a envie d'habiter un jour ailleurs que chez ses parents. Quelques projets, contacts et collaborations à envisager, déjà, pour l'autre. Et continuer pour ces 2 jeunes artistes d'une génération mobile et voyageuse, de surfer sur l'énergie des rencontres : "Si on fait une troisième édition de Laboratoire Expérimental, ce serait bien ailleurs qu'à Quimper". Hé ! Ho ! Avis aux amateurs ! ;-)

Et que les vents leur soient propices...

 

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