I MUVRINI

Lundi 19 21H30 (110/130F)
La Corse "au bout de la terre"

 

Histoire d'une passion

L'histoire d'l Muvrini est d'abord celle d'une terre, qu'injustement l'on dit silencieuse, quand c'est l'histoire qui s'est acharnée à la rendre muette.
L'histoire d'l Muvrini, c'est ensuite le long parcours de quelques hommes qui, pour se retrouver, sont partis à la recherche de leurs racines, en dépit d'eux-mêmes, en dépit de tout.

L'histoire d'l Muvrini, c'est enfin que ces hommes, "partis de rien, sans rien, se sont mis en chemin avec quelques guitares, quelques notes de musique, quelques copains" et ont rencontré un public, chaque fois plus vaste, avec lequel ils partagent largement leur identité et cette tolérance qu'ont leur a compté.

Aujourd'hui, par delà la Corse et les "particularismes", I Muvrini incarne avec force et talent la résurgence d'un courant profond, qui allie universalisme généreux et amour de sa propre terre.

Voilà d'où ils viennent ...

Remonter à la source d'l Muvrini, c'est prêter l'oreille à la mémoire des pierres d'un petit village du nord de la Corse, Tagliu-lsulaccia.
Là, comme le dit Jean-François Bernardini "des gens du bord de l'eau et de la terre... des bergers pacifiques", ont vu défiler toutes les civilisations de la Méditerranée. Au cours des siècles, la Corse a connu pas moins de vingt invasions successives. Cela laisse des traces : "L'autre a souvent été une menace, face à laquelle la résistance a été la seule réponse."

Au XVIlle siècle, la Corse sous influence génoise, connaît une de ses rares périodes d'indépendance. Les philosophes des Lumières y saluent la première tentative démocratique des temps modernes : dès 1755, par exemple, les femmes corses ont le droit de vote (il ne sera établi en France que près de deux siècles plus tard en 1945).

En 1769, Gênes vend l'île à la France. Une fois de plus, la Corse ne se donne pas sans résistance. Avec le temps, on applique à l'île son idéal centralisateur : comme ailleurs, en Bretagne ou au Pays Basque, on gomme les particularismes, on éteint les traditions, on éradique l'identité, on fait taire la langue locale.

Deux siècles plus tard, à l'école de Tagliu-lsulaccia, comme dans d'autres villages corses, on enseigne aux enfants que leurs ancêtres étaient gaulois.

Mais l'identité d'un peuple n'est pas un feu qu'on éteint simplement. Sous la cendre, à l'ombre des oliviers et des lourds murs de pierre, Alain et Jean-François Bernardini reçoivent de leur père, G. Bernardini, une braise qu'ils mettront plusieurs années à ranimer : "Nous étions peu fiers de notre identité, se souvient Jean-François Bernardini. Nous avions honte de la langue corse, de l'accent, comme exilés de nous mêmes."

Comment ils ont parcouru le chemin ...

Avec le temps, les deux frères apprennent à écouter la passion de leur père et font leur amour de la langue et des accents de la musique corse. Dans le bouillonnement corse des années 75, ils commencent à parler de l'héritage d'une terre où les hommes et les chants vivent ensemble : "On a parfois dit de nous que nous étions l'outil culturel d'un autre dessein politique. C'est faux. Il n'y a pas eu de complot. La résurgence du politique dans les années 70 est parallèle avec le ressurgissement d'une affirmation identitaire. Si nous ne sommes pas des artistes d'État, nous ne sommes pas non plus artistes d'appareil ou propagandistes sous tutelle.

De cette époque, il restera l'image, symbole insolite, d'une homme et de ses deux jeunes enfants, perchés sur des planches de fortune, interprétant en public leurs premières polyphonies, à la reconquête des vrais contours de la musique de tout un peuple.

Après leurs premiers pas et une collaboration au sein de Canta U Populu Corsu, ils enregistrent un premier 45T autour de Gérard Bernardini qui décédera en 1977.

Sous le nom d'l Muvrini ("Les Mouflons"), Alain et Jean François entament alors une longue marche et difficile dans un pays démuni de repères et de structures : "La culture corse était une culture sans ailes. Il n'y avait pas de structures d'accueil pour nous. Pas de salles de concert, pas de tourneurs. Rien."

Tout reste à faire à la fin des années 70. A commencer par des choix économiques souvent difficiles : "Ça n'a marché que parce qu'on a accepté de manger le pain noir nécessaire. Nous nous sommes autofinancés, autogérés. Les autorités locales n'y croyaient pas. Elles trouvaient notre démarche et notre musique désuètes Personne ne nous a aidé. On se disait : "Ils s'épuiseront". Dans ce paysage culturicide où le premier chèque d'achat de concert par une municipalité corse date de 1996, on nous a plutôt fermé les portes. Il est même arrivé qu'on interdise purement et simplement nos concerts au prétexte qu'ils troublaient l'ordre public."

Pour ressurgir, le chant populaire devra inventer de nouveaux mots, de nouveaux sons, faire des choix créatifs différents de ceux d'une chansonnette édulcorée, particulièrement prolifique à l'époque : "Ce contexte malade nous a rendus encore plus féconds. Les réseaux du spectacle n'existaient pas. Nous avons fait de la chanson buissonnière..."

Sept albums et des centaines de concerts dans l'île plus tard, leurs apparitions drainent des foules toujours plus nombreuses, sont de véritables événements, moments forts de communion entre le peuple et sa langue. retrouvée.

IMuvrini ne se contentent pas de chanter : Ils assurent la gratuité de leurs concerts aux moins de 15 ans, participent à la création d'écoles de chants destinées aux enfants avec lesquels ils réaliseront deux disques.

 





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