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Interview d'Alan STIVELL

Quelles sont vos premières impressions après le concert que vous avez donné hier soir ?
Je suis très content d'être revenu jouer ici. Mais les conditions n'étaient pas évidentes pour les instruments. Il a fait un grand soleil toute l'après-midi et, petit à petit, la température est tombée. La harpe est un instrument très sensible qui supporte mal ces variations. Difficile de dire au public excusez-moi, je vous retrouve dans un quart d'heure. Alors, on essaie d'ajuster en permanence la sonorité de l'instrument. Heureusement, ce n'est pas de la musique classique. Il n'y a pas la même exigence. Ce concert reprend l'essentiel de votre dernier album "1 Douar". Il est nourri de nombreuses influences.

Quel est le sens de ces différents mariages ?
J'ai souhaité insisté, plus encore que je ne l'ait fait auparavant, sur les fusions même si elles ont toujours été présentes pour moi. C'est une façon d'affirmer son identité, celle d'un monde celte central, de manière globale. Sans oublier qu'il y a toute la terre autour de nous. Cet album est le symbole de la planète unifiée.

Qui dit fusion pourrait vouloir dire aussi confusion des genres. N'y a-t-il pas là un risque ?
Dans la musique que je joue, l'influence gaéllique irlandaise et écossaise a toujours été là. Ce n'est donc pas un phénomène nouveau. Il faut faire attention au mot fusion. Ca ne veut pas dire mélange. Tout cela est comme une mayonnaise. Sans chacun des éléments, elle ne prendrait pas. En fait tout est mélangé sans l'être. Ce travail repose sur la polyryrthmie. C'est ça qui est intéressant.

Il y a parfois des barrières à la rencontre de diverses cultures. Est-ce que faire chanter Khaled en breton par exemple n'a pas possé de problème ?
Non, pour moi, il aurait été bien plus difficile de faire chanter Khaled en français. Les langues ne sont pas vraiment une barrière. Pour les paroles, tout est aussi question d'arrangement. Je lui ai montré la traduction française et nous avons convenu de terminer sur "douar" qui pour moi est "la terre" en breton et pour Khaled "la terre" en arabe.

Quelle est la différence entre vous et lui quand vous chantez en breton ?
Moi, je chante un breton intermédiaire, entre le breton littéraire et celui de ma région. Khaled, lui, chante un breton universel. Ce qui fait qu'on le comprend peut-être même mieux que moi.

Où évolue votre musique avec l'intégration croissante du synthé par exemple ?
Je suis curieux de l'actualité musicale et de son futur. Il y a eu pour moi d'abord la découverte de la guitare électrique. Et puis, il y a eu les premières boîtes à rythme, les premiers synthé. La musique est toujours en marche. Le futur se déplace sans cesse. Je suis simplement le mouvement, sans aucun préjugé.

La musique bretonne a longtemps été considérée comme une musique de plouc ? Aujourd'hui, elle est à la mode, notamment grâce à vous. Comment passe-t-on de l'arrièration à la reconnaissance pleine et entière ?
Pour ma part, je ne me suis jamais préoccupé du goût du jour. Il faut d'abord que la musique que je compose me plaise. Il faut d'abord que j'y prenne du plaisir. Il n'y a pas d'aspect stratégique dans cette évolution. Il est normal qu'une majorité de gens ne soit pas passionnée par une musique fortement identitaire. Parce qu'elle est mûe avant tout par la tradition orale. Ce n'est pas une réalité naturelle que d'y venir. Une forte nécessité de s'enraciner ne signifie pas que l'on doivent se contenter indéfiniment du traditionnel. Personne n'a jamais demandé aux Bretons de l'An 2 000 de vivre à tout jamais dans la musique paysanne du 19e siècle.

Verra-t-on un jour tous les invités de votre album sur scène ?
Je le souhaite. Pour l'instant, les uns ou les autres participent ponctuellement à mes spectacles.

Le monde celte est un phénomène montant.Où vous situez-vous ?
Tout est affaire de passion. La harpe celtique a suscité ma passion. C'est toute une civilisation qui m'a emporté à travers ses cordes. Ayant joué des morceaux de tous les pays celtes, j'ai une perception globale de cette musique. J'ai vécu naturellement une situation unifiée du monde celte. Mon pari est celui d'une musique celtique identitaire. On y arrive.

On vous qualifie volontiers de gourou de la musique bretonne, celtique. A ce titre, pouvez-vous nous éclairer sur son avenir dans le contexte actuel de la mondialisation?
Selon moi, il est plutôt moins dangereux d'être influencé par l'ensemble de la planète plutôt que par tel ou tel pays. Il existe aujourd'hui un rock breton pour lequel je suis optimiste. Au final, on peut arriver à une musique planétaire où tout le monde avance dans le même sens, vers le même univers sans que personne ne veuille s'y retrouver totalement fondu. Il y a une vraie dialectique entre ces deux mouvements culturels.

Vous devez être particulièrement sensible au thème de cette année, "Les Bretons dans le monde"? Oui, bien-sûr. Je voudrais dire à ce sujet que s'il est important de se situer, les frontières ont tendance à enfermer les gens dans des illusions d'identité. Or, il y a plusieurs géographies de l'identité. Elle est formée en quelque sorte de plusieurs couches sédimentaires. Regardez la Grande-Bretagne : une île, la Manche qui est une espèce de sas de fermeture et, pourtant, la musique traditionnelle anglaise fait partie d'un ensemble continental européen. En fait, il y a toujours d'abord une double identité.

Revenons au festival de Cornouaille. Quel regard portez-vous sur cette manifestation ?
Je crois que j'en suis à ma troisième ou quatrième participation. Plus jeune, je ne manquais pas une édition des fêtes de Cornouaille. C'était la fête de milliers de copains. C'est donc toujours un plaisir de se retrouver ici.

Vos projets à venir ?
Prochain concert le 5 août en Corse. Et puis, une tournée qui se poursuit dans le monde. Le Brésil, la Réunion, l'Ile Maurice, l'Italie. Sans oublier l'Olympia en décembre, un lieu symbolique dans mon parcours. C'est de là que tout est parti en 1972. Tous les jeunes Bretons écoutaient mon concert à la radio comme on a regardé l'équipe de France pendant la Coupe du monde de football. Il y avait un sentiment de victoire partagée.

Propos recueillis par Jean Romer

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